Besson chez les soviets

Article du 2 mars 2018

Patrick Besson ? Un provocateur qui ne respecte rien, ni personne. Voilà, histoire de célébrer dignement le centenaire de la grande révolution russe, un roman gigogne en forme de pied de nez. Prétexte de départ : le voyage dans la Russie d’aujourd’hui d’un jeune banquier français, mais de mère russe, donc russophone, qui pense filer le parfait amour avec sa guide qui ne s’appelle pas Nathalie, mais Tania comme sa mère.

Ce faisant, il retrouve, vite, les traces de son père, René, cinéaste communiste, vivant toujours en France, qui rencontra ici sa future en 1967, lors d’un voyage de commémoration de la grande révolution, en compagnie de l’élite du PCF. René, lui, avait rencontré, à Peredlkino, au paradis des datchas des apparatchiks intellos de l’URSS, Dodikov, l’un des pionniers de la dite révolution, qui lui confia des secrets – éventés – sur Lénine. Autant dire que, sous la plume acide et verveuse de Besson, les Lénine, Trotski, Staline et Waldeck-Rochet en prennent pour leur grade. Les bons mots fusent et rusent (« mon mari et moi, on n’a pas fait l’amour depuis la chute de Khrouchtchev en 1964« , confie la première Tania, en voie de divorce, à son futur époux français).

On boit beaucoup de vodka, on croque pas mal de grains de caviar, on disserte de la littérature russe de Tolstoï à Pasternak, sans oublier Pouchkine, Boulgakov, Dostoïevski et Soljenitsine et l’on révise son histoire russe récente depuis un siècle. Bref, c’est à la drôle, piquant, instructif, diaboliquement pédagogique. Du Besson tout cru. A saisir!

Tout le pouvoir aux soviets de Patrick Besson (Stock, 268 pages, 19 €).

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Publié le 2 mars 2018 par

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