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Quand Gabriel aime encore

Article du 24 janvier 2018

Tranche(s) de vie, grand art de parler de soi, éloge du narcissisme, guide des bonnes adresses de Paris, Strasbourg, Nice, Naples, Venise, Trieste et ailleurs, leçon de voyage (loin ou près des ploucs), art de vivre et même de survivre avec élégance, de pester contre la vulgarité du monde :  il y a tout cela dans ce journal intime devenu extime, qui se livre au public avec un mélange de désarroi serein, de scepticisme désabusé, de gourmandise aussi, qui couvre la période allant du 24 septembre 2013 au 12 août 2016. On y retrouve Gab la Rafale alias Gabriel Matzneff, que l’on a quitté, quasi mourant dans Mais la musique soudain s’est tue, sinon en pleine santé, du moins ayant retrouvé un brin de sa gniaque, de sa fantaisie, son envie de vivre, de voyager et d’aimer. Ses anciennes amantes, du moins quelques unes des plus fidèles, forment une cour autour de lui. Il fréquente les mêmes tables dont il note les menus et les vins consommés (le Bouledogue, Lipp, le Twickenham à Paris, Yvonne à Strasbourg, le Harry’s à Venise), demeure fidèle à la diététique de Byron revue à la sauce Cambuzat, mélange la fiction (proche) et la réalité, s’amuse de retrouver le profil de ses héros (Dulaurier ou Kolitcheff) dans sa vie de tous les jours, file à Venise dans le Dorsoduro, peste contre les Américains qui tentent de franchir en short la porte du Harry’s Bar. Bref, nous fait rire et nous amuse. On pardonne tout à ce mauvais esprit qui persiste, au XXIe siècle, à faire l’éloge de la « philopédie« , car il écrit avec brio, se défend avec allant, joue les diables dans le bénitier (il n’oublie pas, lui le catholique orthodoxe, d’aller aux vêpres, même s’ils ne confesse pas), le pauvre qui voyage à Paris avec une carte Navigo gratuite et mène une vie de dandy de palace en boutique Hermès. C’est dire que son livre d’heures se lit en se pourléchant. Il suit sa cure à Bordighera, mais n’oublie pas de rapporter une bouteille de Sassicaia. Et redécouvre encore, à 79 ans, l’amour dans les bras d’une jeune fille, qui lui est la jeune moabite de « Booz endormi » de Victor Hugo. La passion sera brève. Mais la jeune amante, qui a 60 ans de moins que lui, lui offre un regain de jeunesse. Ce livre-ci? Un remède contre l’ennui.

La Jeune Moabite, Journal 2013-2016, de Gabriel Matzneff (29 €, 697 pages).

A propos de cet article

Publié le 24 janvier 2018 par
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Quand Gabriel aime encore” : 1 avis

  • B C

    J’en ai pensé un bien fou. Croisons les doigts pour que Gabriel Matzneff tienne le coup au moins aussi longtemps que Jean d’Ormesson et Paul Bocuse !

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