Bon vivant ! d’A.J. Liebling

Article du 10 octobre 2017

Qui se souvient d’Abbot-Joseph Liebling, ce Curnonsky américain qui fréquenta la France avec passion des années 1920 à 1960 et dont le livre publié aujourd’hui pourrait figurer, selon James Stalter, au même étage de la bibliothèque que le « Paris est une fête » d’Hemingway? Drôle, truculent, savant, gourmand, gourmet, reporter de guerre, spécialiste du sport, expert en vins, épicurien émérite, bourreau de travail, pondant article sur article avec passion, le personnage séduit. Son oeuvre? Des feuillets épars, jamais publiés en France. Ce livre-ci est à la fois un témoignage, un testament, un récit à brides abattues, de ses expériences, de ses amitiés (notamment avec l’auteur de théâtre célébrissime en son temps et largement oublié Yves Mirande, par ailleurs, gourmand d’élite), de ses repas, de ses voyages. Paris y est, bien sûr, à la fête, avec des repas au Restaurant des Beaux-Arts, chez Larue ou Lapérouse – souvent vertement critiqués -, de pieux liquides, absorbés avec minutie, commentés avec emphase. Mais Liebling, qui ne perd jamais le sens de la satire, se moque de ses compatriotes américains qui, à la terrasse du Sélect, à Montparnasse, se prennent pour de grands artistes, se vante d’avoir lu « Ulysse » de Joyce, et de ne jamais avoir aperçu Gertrude Stein. C’est, bien sûr, ce regard drôle, vif impertinent, qui fait de ce livre un document littéraire de belle venue. Comme une sorte de chapitre manquant et de précieux tribut au lourd dossier de la « génération perdue« .

Bon vivant ! d’A.J. Liebling, traduit de l’anglais par Jean-Christophe Napias (La Table Ronde, 17,40 €, 246 pages).

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Publié le 10 octobre 2017 par
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