Courchevel: bienvenue à luxe-sur-neige

Article du 17 février 2011

Est-ce un village à vivre ou une station de montagne à aborder ski aux pieds? Les deux sans doute, même si Courchevel exprime d’abord une certaine idée du luxe sur la neige. Courch’, cet ilôt nacré dans le domaine des « Trois Vallées », c’est d’abord 600 kilomètres de pistes, larges comme des boulevards, cousinant avec Méribel-Mottaret, Val Thorens ou les Ménuires, entretenues avec soin louable, chaque nuit, de fin novembre à fin avril, par une équipe de 84 pisteurs expérimentés, secouristes et conducteurs d’engin. Un bourg bijou, avec sa Croisette, son Forum, son Jardin Alpin, astiqué comme un joyau pour les sportifs chics venus du monde entier.

Tout le monde l’envie et l’admire. D’Aspen ou Gstaad, Saint-Moritz ou Vail, on vient l’étudier de près. Non seulement, parce que le domaine skiable des trois vallées sœurs est réputé être le plus vaste du monde, mais parce que l’équipement y est du dernier-cri. Avec ses 65 remontées mécaniques, son téléphérique ultra-rapide de 160 places, sa télébenne, ses 10 télécabines, ses 18 télésièges, ses 36 téléskis, Courchevel véhicule, en période de pointe, 70654 personnes par heure et pourrait s’inscrire dans le livre des records.

Reste que son image de marque, avant d’être celle du sport tout azimut, de la glisse bon enfant aux jeux olympiques, est bien celle de l’art de vivre. 60 restaurants et bars, 38 restaurants sur 1850, dont quatre – un record – titulaires chacun de deux macarons chez Michelin (Jacob au Bateau Ivre, Rochedy au Chabichou, Gagnaire aux Airelles, Alleno au 1947 du Cheval Blanc), plus d’autres simplement étoilés (Il Vino d’Enrico Bernardo, l’Azimut, le Kilimandjaro, mais aussi le Farçon à la Tania): voilà déjà de quoi donner le tournis. Mais, il y a plus, avec son hôtellerie grand style. Quand des stations peinent à trouver des lits de bon confort en saison, elles accumulent les chambres en catégorie luxe et les enseignes rutilantes qui font rêver.

Courchevel possède, en effet, sa collection d’hôtels classés en cinq (12 en tout!) et quatre étoiles, plantés à même les pistes, dont quelques uns parmi les derniers nés, Strato, imaginés par les Bois-Vives, Cheval Blanc, par Bernard Arnault, Kilimandjaro, aux chalets modernes, mais à l’ancienne, regroupés en hameau, et Saint-Joseph, avec son luxe savoyard façon opérette, ont défrayé la chronique à leur ouverture. Raymonde Fenestraz, qui fut la « maîtresse de maison » des Airelles revendus à Stéphane Courbit d’Endemol, notait en riant:  « je suis une paysanne qui a réussi ». De fait, cette « promotrice » aux racines très locales avait d’abord bâti les chalets du hameau de Bellecôte en hommage à ceux de Gstaad, puis donné le ton en imaginant une réplique grand genre au Posthotel de Lech. Mais l’on pourrait citer aussi le Manali, de style indien sur Courchevel 1650, et le Mélézin, très zen, très sélect, parmi tant d’autres qui rivalisent de chic. Ceci pour dire que tous les styles sont présents à Courchevel.

Bien sûr, ce choix a un prix: celui du grand luxe, souvent stratosphérique. Courchevel, en Savoie, joue la petite sœur de Cannes, dans les Alpes-Maritimes, ou, de Beverly Hills, en Calfornie. Le budget annuel de la station représente dix pour cent du chiffre d’affaires touristique de la Côte d’Azur et ceci, essentiellement, sur quatre mois. Qui dit mieux? Ce qui a séduit ici la gentry, les yuppies ou même les académiciens (Jean d’Ormesson, François Nourissier et Maurice Rheims venaient jadis en habitués à l’Hôtel des Neiges), un site au soleil, une altitude raisonnable, un ski facile et rapide, adapté à tous les niveaux.

Certes, il y eut longtemps contre Courchevel des arguments faciles : son côté grand-rue au bord des pistes, usine à ski, béton sur neige et constructions artificielles. Mais grâce aux JO d’Albertville, la station a fait sa mue, inventant des toits à double pente, qui n’existaient pas, se revêtant de bois, jouant la belle savoyarde, se découvrant une identité neuve. Pour faire comme Megève? Non, Courchevel, c’est toujours une autre planète. Avec ses émirs arabes, sa clientèle brésilienne ou russe qui dépensent beaucoup et provoquent l’inflation ici ou là.

La station où l’on vend le Lafitte-Rothschild dans les supérettes? C’est ici même. Alexandre Guillemot, qui n’oublie pas d’en proposer « Chez Ma Cousine », sa boutique de produits du pays, à côté du genépi ou de la mondeuse, explique qu’il en vend, mais « pas tant que ça »… D’ailleurs, le jeu consiste pour une certaine clientèle internationale à venir casser ici sa tirelire.

Tenez, ce matin, devant le Mélezin, un client américain quadragénaire a loué les services d’une montgolfière barré d’un grand « I love you » pour épater son épouse. Et cet autre est venu de New-York à Courchevel en Falcon à deux, puis en limousine jusqu’aux Airelles. La station de toutes les folies? Eh oui: c’est ici.  Reste que cette débauche de luxe se fait en toute discrétion. Tel prince du Quatar loue pour sa famille un chalet avec plusieurs chambres au Kilimandjaro, et, ravi du service, offre un pourboire royal aux employés. Mais qui le sait?

On reste entre soi et soi. Chaque hôtel cinq étoiles, jouant les palaces des neiges, possède sa piscine, son hammam, son centre de remise en forme. Mais aussi son magasin de location de chaussures et de skis permettant d’accéder directement du sous-sol de l’établissement sur la piste. De rejoindre un téléski ou de se faire cueillir à l’hôtel par son moniteur sans passer par une voiture. C’est toujours une certaine idée du luxe sur la neige qui prévaut.

Les points de rencontre de la station? La Croisette ou le Forum, qui sont des centres commerciaux, plein centre, avec leurs brasseries bondées, leurs échoppes, leurs magasins gourmets. On y trouve sans doute plus de joailliers que de boutiques de produits régionaux. Mais des institutions comme Chez Ma Cousine ou le Gaulois font d’excellentes recettes en tablant sur le genépi, le beaufort, le reblochon ou la mondeuse. Vitrine de luxe, Courchevel joue aussi son rôle d’ambassade de la Savoie sous toutes ses formes.

Les restaurants d’altitude, comme le Cap Horn, le Chalet de Pierres, la Soucoupe ou le Panoramic proposent la tarte au beaufort, la soupe du jour, les diots (la saucisse au vin), les pormoniers (celle aux choux ou aux blettes), à côté des mets mode ou ceux de brasserie parisienne, comme la côte de bœuf ou le steak tartare, sans omettre la tarte tropézienne, qui indique que les équipes de cuisine et de salle qui travaillent l’hiver à Courchevel sont souvent celles que l’on retrouve l’été entre Ramatuelle et le Cap Ferrat.

Ce qui ne l’empêche pas de cultiver le goût d’une certaine simplicité. Les échoppes rigolotes, qui ont fait du folklore leur maître-mot (le Gaulois est le maestro du genre), jouent la Savoie comme au théâtre. Mais les belles miches de campagnes de Georges Gandy (Au Pain d’Antan), les pâtisseries de Guy Lamure (« le Pâtissier »), sans omettre les charcuteries et les belles côtes de bœuf de Jean-Marc Perrin chez Selva/Perrin jouent sans hésiter le jeu de la qualité. Même si on parle plus des boutiques de mode et des joailliers de l’Espace Diamant.

Si Courchevel a une image à construire, c’est celle de l’art de vivre, sur la base d’une identité retrouvée. Pour la comprendre, il faut redescendre de quelques centaines de mètres. A 1300, exactement , au Praz, ce vrai village avec ses maisons de pierres grises, ses ruelles ombreuses, sa chapelle, son bistrot avenant, ses échoppes qui sont gourmandes (les charcutiers-traiteurs Pachod) ou joliment décoratives. C’est là qu’on déniche cette perle rare qui se nomme tout simplement la Cave des Lys, où Lys Aurore Blanc et Yoann Debris proposent des produits de qualité, des vins choisis et des tapas de charme dans une ambiance bon enfant. On comprend là que le Praz, c’est un peu l’oubliée de Courchevel et c’est pourtant son berceau.

La vraie vie serait-elle ici, dans ce petit paradis savoyard, qui vit aussi l’été, avec ses fêtes campagnardes, ses ballades au vert, ses ruisseaux et ses prés? Mais l’hiver, le Praz possède aussi sa vraie chaleur, celle de ses maisons d’avant, de celle-ci d’ailleurs, avec ses deux enseignes paradoxales, un côté se voulant « bibliothèque », l’autre « fromagerie ». Un recueil des belles images de la montagne se feuillette là en toute saison, et font rêver de veillées gourmandes, de pistes enneigées, de planche de charcuteries, de verre d’apremont guilleret ou encore de tasses de chocolat chaud au coin du feu.

Renseignements sur la station: Courchevel Tourisme, Tél. 04 79 08 00 29. www.courchevel.com

A propos de cet article

Publié le 17 février 2011 par

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !