Mengele, héros abject

Article du 15 août 2017

Dans une rentrée littéraire, il faut un méchant, un mauvais, une personne que tout le monde aimerait détester. Le voilà, vrai de vrai, noir de noir, cet anti-héros maléfique. Olivier Guez, dont on loua les Révolutions de Jacques Koskas, s’est colleté le monstre d’Auschwitz, l’abominable docteur Mengele qui échappe à toutes les poursuites, quitte l’Allemagne au bon moment, glisse entre les pattes du Mossad et des filets de Simon Wiesenthal, ce traqueur de nazis, portraituré ici en chasseur mytho. Guez connait son sujet. Comme son héros de fiction, Jacques Koskas, il est juif séfarade, né à Strasbourg, à l’aise des deux côtés du Rhin. Il a d’ailleurs obtenu le prix du meilleur scénario en Allemagne pour »Fritz Bauer, un héros allemand« , qui contait une Germanie de l’après guerre en proie à ses doutes. On lui doit encore «  l’Impossible Retour : une histoire des juifs d’Allemagne« . On comprendra que son livre d’aujourd’hui marque à la fois une continuité et une rupture. C’est à la fois un roman vrai, un « biopic« , comme on dirait au cinéma, une biographie partielle minutieuse, un document fouillé, minutieux, maniaque, avec le portrait au noir d’un anti-héros impossible qui rabroue les siens, méprisent ceux qui l’aident et transforme sa cavale en incessant cauchemar. Josef Mengele, antihéros par excellence, monstre abject, médecin du camp de concentration le plus tristement célèbre, dont il fut le génie maléfique et se livra aux pires expériences sur l’être humain, se réfugie en Amérique Latine, d’abord en Argentine, puis au Paraguay, enfin au Brésil. Se défie des uns, tente de séduire les autres.

Il échappera à toutes les traques, toutes les enquêtes, tous les pièges, jusqu’à mourir en solitaire, assez mystérieusement, sur une plage brésilienne en 1979, après un bref aller-retour en Allemagne. Sa triste fin de vie, longue, trop longue, contée comme un roman noir, fait un curieux livre de rentrée. Olivier Guez ne se laisse pas étouffer par sa documentation abondante. Il laisse respirer ses personnages, vivre, s’ébattre. Au centre, au coeur des ténèbres, cet abominable docteur Mabuse de l’hitlérisme qui n’a rien avoué, rien confessé, rien regretté, revit sous sa plume avec une force contenue. C’est fort comme un schnaps ou une liqueur alcoolisée aux oeufs, riche, tenace, un tantinet écoeurante…

La Disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez (Grasset, 237 pages, 18,50 €).

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Publié le 15 août 2017 par

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