Colette, ses amours, ses amies

Article du 4 mai 2017

Un monde sans hommes ? Colette avait transforme son chalet de la rue Cortambert à Passy en phalanstère féminin. Ses amies s’appelaient Annie de Pène, Marguerite Moreno, Musidora, elles étaient écrivain, comédienne, vamp de cinéma. Elles seront amies, amantes, compagnes, passionnées. Nous sommes en août 1914, à l’aube de la grande guerre. Colette, qui a fait son deuil de son premier mari, Willy Gauthier-Villars, est la femme amoureuse de Henry de Jouvenel, alias pacha ou sidi, journaliste et seigneur de Castel Novel, qui est parti au front.

Elle le rejoint à Verdun, en profite pour raconter la guerre. Journaliste, romancière, comédienne, se moquant des scandales qu’elle suscite, gourmande et amoureuse, grossissant au fil des ans, demeurant fidèle à ses amitiés, ses amours à elle-même, devenant « best seller » avant la lettre, avec « Chéri », dont elle vivra l’histoire, celle d’une femme d’âge mûr, pour un tout jeune homme, Colette devient peu à peu un mythe, une grande dame de la littérature, une institution. Dominique Bona, à qui l’on doit tant de biographies éclairantes, éclairées – on songe à Berthe Morisot, le secret de la Dame en Noir, à Gala, aux soeurs Rouart, ces muses de l’impressionnisme – suit Colette du chalet de Passy à son décès, au Palais Royal, alors qu’elle a épousé en 3e noces Maurice Goudeket.

Femme amoureuse, liée à ses maisons, Rozven en Bretagne, la Treille Muscate près de Saint-Tropez, après le séjour de Paris 16e, elle s’attache aux lieux, aux gens, vivant ses amours avec passions. Ce faisant, elle dresse de jolis portraits des « siennes », ces amies qui seront ses compagnes, ses alliées, Annie de Pène, Musidora, Marguerite, l’une morte trop tôt, l’autre disparue en Champagne, l’autre encore devenue une icône du théâtre et une dame de l’ombre à la Source Bleue de Touzac dans le Lot. Livre passionné, riche de cent vies qui se recoupent et se croisent, livrant les clés de tant d’oeuvres, ce « Colette et les Siennes » est comme un manifeste féminin, plus que féministe, rendant justice à de fières figures joliment dressées hors de l’oubli.

Colette et les siennes de Dominique Bona (Grasset, 426 pages 22 €).

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Publié le 4 mai 2017 par

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