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Musée National Jean-Jacques Henner

« Paris 17e : retour au musée Jean-Jacques Henner »

Article du 12 juillet 2016
Atelier reconstitué © GP

Atelier reconstitué © GP

Ce musée méconnu, consacré à un artiste alsacien, émigré à Paris, fasciné par l’Italie, les belles naïades, les jolies rousses, le retour de sa région d’origine (alors annexée à la France), vient de rouvrir après travaux. On a notamment recréé un atelier de l’artiste (qui se trouvait, en fait, au 11 place Pigalle) dans ce qui fut la demeure-atelier du peintre Dubufe, racheté par la nièce de Jean-Jacques Henner en 1921 et donné à l’Etat pour créer un musée national dédié à son oncle. Pour fêter cette réouverture, voilà l’entrée Henner, extraite de mon Dictionnaire Amoureux de l’Alsace (Plon, 2010). Avec quelques images, actuelles, éternelles, du musée rénové.

Inauguration du musée © GP

Inauguration du musée © GP

Le hasard – le destin ? – a voulu que j’habite sept ans durant dans l’appartement où il acheva ses jours en 1905 – au 41, rue La Bruyère, non loin de son atelier de la place Pigalle. Et qu’une bonne partie de ma vie gravite autour de cette Nouvelle Athènes, au cœur de ce neuvième arrondissement qui abrita les artistes, peintres, musiciens, architectes, comédiens du XIXe siècle, de Sarah Bernhardt à Gustave Moreau, de Viollet-le-Duc à George Sand, de Georges Bizet à Musset, sans omettre Ary Scheffer, dont l’hôtel particulier avec jardin, en retrait de la rue Chaptal, abrite aujourd’hui le Musée de la Vie Romantique. A quelques mètres de la rue Henner (anciennement rue Léonie et qui porte son nom depuis 1908, soit trois ans après sa mort)…

Eugénie Henner (nièce de l'artiste) en alsacienne © GP

Eugénie Henner (nièce de l’artiste) en alsacienne © GP

Henner, donc, Jean-Jacques, de son prénom, natif de Bernwiller, en 1829, grand prix de Rome en 1858, peintre officiel sous le Second Empire et lors de la IIIe République, occupe une place à part dans mon panthéon personnel. On l’a sans doute un peu oublié aujourd’hui, même si le musée national Jean Jacques Henner existe bel et bien au 43 avenue de Villiers et s’il a été récemment rouvert après réhabilitation. Mais s’il a paru, longtemps, passé de mode, ce n’est pas le cas en Alsace. Où toutes les bonnes familles possèdent un Henner, ou un Zwiller ou encore un Benner, l’un de ses imitateurs, presque homonymes, ou encore une copie signée de son nom, tant il fut plagié, pastiché et savamment recopié, de son temps.

Au fil du musée © GP

Au fil du musée © GP

Membre de l’Institut, Grand Croix de la Légion d’Honneur, Henner était surtout un homme à part. Est-ce pour cela que, même si tous les grands musées de province possèdent aujourd’hui encore quelques unes de ses toiles – un Christ Mort ou une belle rousse, nue et allongée –, il figure aujourd’hui une sorte de « laissé pour compte » de luxe. Son musée national, avenue de Villiers, est souvent désert. Même si quelques fans venus de Tokyo ou d’Alsace s’y croisent.

Au fil du musée © GP

Au fil du musée © GP

Les dames de Thann et de Mulhouse, ont beaucoup fait pour sa gloire, lorsqu’elles lui commandèrent, à l’initiative de Mme Scheurer-Kestner, le fameux tableau « l’Alsace, elle attend ». pour l’offrir à Gambetta, qui avait organisé la résistance aux Prussiens et qui, député à l’Assemblée, vota contre l’annexion, seul de son espèce parmi ceux de « l’intérieur ». Cette Joconde alsacienne en nœud noir fixe le spectateur d’un regard tendre et dur à la fois, attendant déjà, sans haine quoique avec une impatience fervente, le retour au pays de ce morceau déchiré.

L'Alsace, elle attend © GP

L’Alsace, elle attend © GP

« Le langage qu’elle (l’Alsace) parle n’est pas la plainte fugitive d’une victime solitaire, c’est l’accusation permanente de toutes ces mères et de toutes ces filles qui, aujourd’hui séparées de la France, sont réduites au rôle d’Andromède et liées au rocher, attendant la venue du libérateur », note Castagnary dans un article, alors retentissant, paru dans le Siècle le 31 juillet 1871. Jean-Jacques Henner, l’artiste mondain de la Nouvelle Athènes, n’oublie pas qu’il est aussi l’homme du Sundgau, cadet d’une famille de six enfants, élevé chez les paysans de Bernwiller, passé d’abord à Altkirch, au collège, puis « monté » à Strasbourg, à l’atelier Gabriel Guérin, enfin à Paris, à l’école des Beaux Arts, avant d’accomplir ses humanités à la Villa Médicis et de poursuivre le voyage initiatique en Italie, à Rome, Florence, Venise ou Naples, avant le retour dans la capitale.

La liseuse © GP

La liseuse © GP

A Paris, il croise Puvis de Chavannes, qui travaille dans l’immeuble de la place Pigalle. Il connaît alors une carrière officielle couronnée de succès, cumule commandes officielles de l’Etat et portraits de belles bourgeoises, est médaillé au Salon de 1865 avec sa fameuse « Chaste Suzanne », envoyée de Rome, qui représente une belle, dans le plus simple appareil, quoique innocente, guettée par un satyre sans qu’elle s’en aperçoive. Tableau à la fois naïf et roué sur fond bucolique et un peu folie dont il fit cent esquisses (il en est trois au musée Henner, j’en possède une et j’imagine, que sur ce thème « hennerien » par excellence, il est bien d’autres variantes). Il expose régulièrement jusqu’en 1903.

Naïade © GP

Naïade © GP

Ni symboliste, ni impressionniste, quoique saluant, l’un des premiers, avec son camarade Carolus-Duran, le génie de Manet, Henner poursuit sa carrière en solitaire. Célibataire endurci, logé par son neveu Jules Henner rue la Bruyère, qui rachètera tout l’immeuble du 41, il se voue au travail en solitaire. Il partage entre les paysages inspirés de ses voyages, en Italie, mais aussi en Suisse, ses dessins de l’Alsace idéale, qu’il trace finement dans sa résidence de Bernwiller, où il part régulièrement se ressourcer, mais aussi ses figures religieuses (comme cet « Adam et Eve trouvant le corps d’Abel » qui lui voudra le grand prix de Rome) et, bien sûr, ces portraits de femme qui ont fait sa gloire.

Nicolas Leroux © GP

Nicolas Leroux © GP

On a cherché les raisons de cette obsession féminine, silhouettes nues, rousses, aux dos nus et longues chevelures, dans l’amour déçu pour une femme mariée, Mme Steinhell. Mais elles sont si diverses, nymphes, Aphrodite au rocher, naïade, comtesse, cousine ou nièce. Il y a encore ces jeunes écoliers androgynes, ce neveu Paul, endormi sur son cahier ou les yeux baissés sur sa médaille d’écolier, voire ces paysans de Bernwiller, solides et enracinés, avec lesquels il garde son mystère de portraitiste bienveillant, sinon amoureux de son ou ses sujets. Ce peintre officiel d’il y a plus d’un siècle, aujourd’hui sans cote réelle, garde son charme et son éclat.

La salle du premier étage © GP

La salle du premier étage © GP

Son « Alsacienne » de 1871 conserve fière figure, et son sens. Même en un temps où il n’est plus question que l’Alsace soit éloignée de la mère patrie. Reste que son symbole historique demeure. On pense encore à Eugénie Henner, sa nièce, son nœud bleu, son frais profil, son panier de pommes. Ou Séraphin, son frère, dont il ne fit pas moins de vingt-trois portraits identifiés. Et puis ses répliques, croquis, esquisses, multiples, signés de lui, qui signalent, surtout, son acharnement au travail tournant à l’obsession : en cela, Jean-Jacques, fils de cultivateurs, rigoureux, enraciné, demeure fidèle aux valeurs de l’Alsace de toujours.

Eglogue © GP

Eglogue © GP

 

 

Musée National Jean-Jacques Henner

43, avenue de Villiers
Paris 17e
Tél. 01 47 63 42 73
Horaires : 11h-18h
Fermeture hebdo. : Mardi
Métro(s) proche(s) : Malesherbes, Monceau, Wagram
Site: www.musee-henner.fr

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Publié le 12 juillet 2016 par

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