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Les chuchotis du lundi: Ellis marque des points, Ducasse tacle Michelin, Gauthier le grand absent, Piège le malin, la classe de Dominique Loiseau, Fréchon aux Champs, Jeunet passe le relais, Rondelli aux Pêcheurs

Article du 8 février 2016

Ellis marque des points

Michael Ellis © GP

Michael Ellis © GP

On le donnait perdant face à sa concurrente non dite, Juliane Caspar, patronne des inspecteurs, au sein du guide rouge. Michael Ellis a lancé avec brio la conférence de presse, puis la grande soirée des nouveaux lauréats du guide. Bien sûr, la journée Michelin a été (trop longuement) introduite par l’énarque Claire Dorland-Clauzel, directrice des marques et des relations extérieures du groupe Michelin, qui manifestement n’a rien à dire sur le sujet de la gastronomie, oubliant même de citer le nom (le connaissait-elle?) de Benoît Violier, en demandant en liminaire une minute de silence « pour ce grand monsieur » et encore « pour ce grand chef« , que, manifestement, elle ignorait. Ellis, lui, apparaît posé, dévoile ses lauréats avec une prestance réelle et un enthousiasme fort convaincant. Le soir, consacré aux rencontres entre grands cuisiniers et aux amis du guide, autour d’une exposition consacrée aux trois étoiles, brillamment signée Stéphane de Bourgies, et sponsorisée par Métro, San Pellegrino, Président, Porsche, il est apparu en homme de consensus, à la fois ferme, précis et compétent. Incontestablement, il aura marqué des points contre ceux qui l’imaginaient déjà en pré-retraite.

Ducasse tacle Michelin

Ducasse tacle © GP

Ducasse sur scène © GP

« J’aurai aimé que mon ami Joël Robuchon, qui a tant fait pour la gastronomie française, soit avec moi sur le podium« , a assuré Alain Ducasse lors de la réception Michelin du 1er février place Vendôme, recevant sa troisième étoile, mais prenant crânement le micro pour dire son fait à ceux qui le jugent. Ce fut une amère victoire – avec, certes, une neuve 3e étoile au Plaza, mais une de moins au Meurice et une qui saute chez Rech. Ducasse, qui est à la fois un feu-follet, un franc-tireur, un partisan, a ainsi marqué sa différence. Devant les patrons du guide et son chef Romain Méder, il a crânement défendu l’idée de la cuisine française conquérante dans le monde. Assurant tout de même : » si on vit bien sans étoiles, on vit mieux avec … » De l’avis général, qu’il plaise ou non, Ducasse « en a« …

Gauthier le grand absent

Alexandre Gauthier © GP

Alexandre Gauthier © GP

Trop libre, trop partisan, trop créateur, lauréé cette année par Gault-Millau, comme chef de l’année en sa Grenouillère de la Madelaine-sous-Montreuil, Alexandre Gauthier laisse ses fans – ils sont nombreux – dans l’incompréhension. Côme de Cherisey, le patron de Gault-Millau, qui avait déjà brûlé la politesse au Michelin en sacrant avant lui Arnaud Lallement à Reims-Tinqueux, en aurait-il trop fait? S’est-il attiré ainsi l’opprobre de ses concurrents du guide rouge? Toujours est -il que le magicien Gauthier, qui travaille avec une douzaine de chefs en cuisine ouverte à ravir une clientèle de gourmets du monde entier ébloui, stagne à une étoile. Sa neuve « seconde table classique » (Anecdote), elle, bénéficie d’une assiette, la distinction attribuée à tous les restaurants sans bibs, ni étoile du guide. Difficilement compréhensible… On a ajoutera qu’on attendait également la consécration à deux étoiles, en même temps qu’Alexandre, de Kei Kobayashi, David Toutain, Thibault Sombardier ou Stéphanie le Quellec à Paris. Ce sera peut être pour l’an prochain…

Piège le malin

Jean-François et Elodie Piège © GP

Jean-François et Elodie Piège à la soirée Michelin © GP

On assurait que Jean-François Piège ambitionnait la 3e étoile « en  direct » pour son « Grand Restaurant » de la rue d’Aguesseau. Et on penserait qu’il serait déçu de stagner au même niveau en déménageant. Au contraire, Piège s’est montré ravi de recevoir la seconde étoile – la même distinction obtenue d’un coup par son successeur chez Thoumieux, Sylvestre Wahid -, assurant, à qui voulait l’entendre, que « la seconde étoile est le meilleur chemin vers la troisième« . Malin !

La classe de Dominique Loiseau

Laurent Gardinier (Taillevent, les Crayères), Dominique et Bastien Loiseau © GP

Laurent Gardinier (Taillevent, les Crayères), Dominique et Bastien Loiseau © GP

Punie par Michelin, qui lui a enlevé sa troisième étoile, Dominique Loiseau était présente, en compagnie de deux de ses trois enfants, Bérangère et Bastien, à la réception du Michelin, accueillant les grands chefs, deux et trois fois étoilés, place Vendôme, lundi soir dernier, faisant belle figure et assurant repartir, bien vite à la reconquête de l’étoile perdue. Et ce treize ans après le décès tragique du grand Bernard de Saulieu. La classe !

Fréchon aux Champs

Eric Fréchon au Lazare © GP

Eric Fréchon au Lazare © GP

Pas fait, pas sûr, mais il y pense: Eric Fréchon envisagerait de signer un protocole d’accord pour établir une table au sein du Drugstore Publicis. Fera-il un nouveau « Lazare » aux Champs, rééditant, sur la plus célèbre avenue du monde, le succès tendance de la gare Saint-Lazare? Trop tôt pour en parler. Pour l’heure, rien n’est fait, ni sûr, ni officiel. Mais, déjà présent à deux pas (à son trois étoiles du Bristol, à sa table étoilée annexe du même palace au 114 Faubourg, à la brasserie chic du Grand Palais, à l’enseigne du Mini-Palais), Eric Fréchon pourrait ainsi étendre son emprise discrète sur le 8e arrondissement via les Champs-Elysées. Alain Ducasse avait déjà essayé, avec Marcel, un essai de brasserie gourmande dans ce fameux Drugstore, dont Joël occupe, avec son Atelier Etoile, l’ancienne cave à cigare de très gastronomique façon.

Jeunet s’éclipse à Arbois

Jean-Paul Jeunet et Steven Naessens © GP

Jean-Paul Jeunet et Steven Naessens © GP

Il vous l’avait annoncé en août 2014. Il pensait demeurer aux commandes mises à la mode par son père dans les années 1960. Bref, roi comtois, titulaire de deux étoiles, au sein d’Arbois, membre de l’école des herbes, avec Marcon, Bras, Veyrat, Jean-Paul Jeunet annonce qu’il arrête. Il passe le relais à son chef – flamand, natif de Bruges, formé, entre autres grandes maisons, chez le trois étoiles Peter Goossens, d’Hof Van Cleve à Kruisthoum -, Steven Naessens, présent à ses côtés depuis huit ans déjà. Jean-Paul Jeunet, qui se prépare doucement à sa retraite en songeant à des activités de conseil à travers le monde, était le prince des champignons en folie, des herbes rares du plateau et des reculées, des jus courts et des vins du pays issus de savagnin, chardonnay ou trousseau. Son successeur va continuer dans son sillage…

Rondelli aux Pêcheurs

Nicolas Rondelli © AA

Nicolas Rondelli © AA

Cela bouge chez les Ferrante! Les Pêcheurs, table gourmande leur Cap d’Antibes Beach Hôtel, a bien du mal à garder ses chefs. Après Francis Chauveau, Nicolas Sale, Philippe Jego, Nicolas Navarro – qui part créer son restaurant -, c’est Nicolas Rondelli qui s’y colle à partir du 1er avril. Son parcours ? Negresco, époque Llorca, Del Burgo et Turbot. Il aura travaillé jadis avec Francis Chauveau en ces Pêcheurs dont il reprend les fourneaux) avant d’être chef d’une célèbre adresse cannoise, Félix, où on le découvrit. Il a été également celui de l’Hostellerie du Château du Bar-sur-Loup, gardant l’étoile de son prédécesseur. Depuis deux ans, il travaillait sous les ordres de Jacques Chibois à la Bastide Saint Antoine. Les Pêcheurs se déplace les pieds dans l’eau, laissant place à 8 nouvelles chambres dont 2 suites. Rendez-vous à Juan-les-Pins au printemps prochain…

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  • HansJ

    Comme quelques kilomètre, une frontière fait une si grande différence…
    On l’a critiqué certes mais voici le souvenir qui me vient du professionnalisme, du sérieux, de la compétence d’un Naegelen…. Quelle erreur de casting que cette Caspar contre laquelle il semble que vous retenez-vous coups, par ailleurs excellemment portés à cette énarquette qui semble tellement hum competente…

Et vous, qu'en avez-vous pensé ? Donnez-nous votre avis !