Les mémoires déjantés de Guillaume Durand

Article du 13 janvier 2016

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C’est quoi ce bazar? C’est quoi ce foutoir? Sincère, certes, mais hautement déjanté, passablement tortueux, avec ses clins d’oeil au tout-Paris, ce goût intense du « name dropping« , ces aveux d’amour pour l’art contemporain, la révérence portée à ses parents, cent fois nommés et décrits, sans rire, comme de « pauvres » marchands de tableaux. D’ailleurs, si on a bien lu, Guillaume Durand ne possède rien, n’a pas de collection d’oeuvres d’art ou plus, ne sait pas parler à un banquier, ni d’assurance vieillesse, ni d’actions, ni de FCP, mais conduit sa vie, comme ses voitures de sport à 300 à l’heure, reçoit chez lui avec faste, décrit ses soirées entre gens du tout Paris avec drôlerie, vit en aventurier, manque de se faire kidnapper au Congo, dresse, durant 60 pages, le panégyrique de Bernard Arnault (par ailleurs son patron de France Musique), se raconte par le menu, en mettant ses tripes sur la table, ses femmes, ses aventures, la perte d’un enfant, la drogue qui rôde pour un autre, l’amour des uns, l’éloge de beaucoup, avec de bien jolis portraits d’amis chers, comme le charmeur Philippe Tesson vu en éternel jeune homme, le trouble Marc Francelet, journaliste aventurier, en « Minou » de Françoise Sagan, l’épatant Albert Koski, décrit en Warren Beatty à la française, les départs en croisière, la dépression en cours de route, la phobie des autres, le coeur qui lâche ou qui menace. On conte tout en vrac. On s’en excuse. Comme l’auteur à la fois passionnant, attachant, qui passe, sans cesse, du coq à l’âne, et implore notre pardon, comme notre confiance. Ce drôle de bouquin à la fois foutraque, déjanté, passionnant, qui lance ses éclairs de vie, se lit avec entrain, malgré ses boursouflures, ses déséquilibres évidents. Le titre dit tout. Le portrait de couverture (l’auteur peint façon Warhol par Yan Pei-Ming) l’illustre à merveille. Le lecteur se sent à la fois voyeur, complice, ami, juge malgré lui. On va envie de prendre Guillaume Durand par l’épaule, en lui disant: « ne t’en fais pas, mon vieux, ça ira mieux demain« . Mais, après tout, ça ne va pas si mal pour Guillaume, qui a réussi à consacrer près de 400 pages à son mal de vivre.

Mémoires d’un arythmique, de Guillaume Durand (Grasset, 378 pages, 20 €).

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Publié le 13 janvier 2016 par

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