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Prosper et Fortunée

« Paris 5e: la modestie d’Eric Lévy »

Article du 13 octobre 2015

Une table discrète et savoureuse, découverte par notre avocat gourmet et si bavard, Didier Chambeau. Lisez-le jusqu’au bout…

Façade © DC

Façade © DC

Dans un quartier qui ne croule pas sous les bonnes tables, voilà une adresse secrètement gardée depuis deux ans par les habitués d’ici ou d’ailleurs, révélant la plus atypique des tables parisiennes. Il y a là une devanture à l’ancienne qui augure d’un savoir-faire, à voir l’atelier de cuisine. Une fois le seuil franchi, on découvre un endroit surprenant qui ne ressemble à nul autre.

Eric Lévy a travail © DC

Eric Lévy au travail © DC

Ici, cuisine à l’américaine et salle ne font qu’une, avec une hotte qui descend du plafond sur les fourneaux face aux tables. Il y a encore un lustre à pampilles roses, un mobilier design avec tables et chaises hautes et des rayonnages remplis de bric et de broc, pots de confitures et de fruits, boites de riz rose ou blanc, vaisselle, et autres. Eric Lévy officie seul, en tablier blanc, du début à la fin, et presque toujours de dos, occupé qu’il est aux fourneaux. Cet ubiquiste à la cuisine, au service, à l’accueil, se révèle maître de maison accompli qui vous reçoit simplement chez lui et prend le parti de faire une douzaine d’heureux à chaque repas.

Risotto de moules © DC

Risotto de moules © DC

Tombé enfant dans la marmite, il officie sous l’enseigne « Prosper et Fortunée », en hommage aux prénoms de ses parents. Le midi, de 12h30 à 14h30, une formule à 23 euros sur des produits de qualité, bio ou griffés, Joël Thiébault pour les légumes, Hugo Desnoyer pour la viande, poissonnerie du Dôme ou fournisseurs bretons selon l’arrivage. Qui dit mieux ? Le soir, Eric s’amuse et fait grand jeu à 20h30 précises (n’arrivez pas avant … ni trop longtemps après …), de cinq à dix compositions selon l’humeur et les produits : méticuleux en diable, obsédé des cuisons, alchimiste des épices, on est prêt à l’épate, privilège de faire partie de la douzaine de la soirée.

Rouget poêlé © DC

Rouget poêlé © DC

Tout le monde à table : composition de légumes anciens, histoire de se souvenir du goût des produits de qualité, tomate Journo de Bretagne, radis red meat, carottes jaunes, betteraves anciennes, panais, tous légumes bio taillés à la mandoline au denier moment pour la fraicheur, lentilles biologiques, avocat pour la texture, un peu de citron et vinaigre de vin rouge vieilli « Rubino ». Bien agréable parcours de santé pour retrouver les vraies saveurs dans ce monde pollué.

Chinchard cru au yuzu et citron confit © DC

Chinchard cru au yuzu et citron confit © DC

Seconde entrée en matière avec cette petite bouchée de savoir-faire, croustillant de boutargue pressée, chinchard, barbue, bergamote, citron confit, piment, menthe, olive, un clin d’œil à la Méditerranée, berceau de la famille Lévy. Suit un risotto Carnaroli nacré au beurre, moules de bouchot, pile de cuisson, cuit au chablis et bouillon de moules, safran, petite courgette jaune et vinaigre surfin, des petites touches qui magnifient cette gourmandise. Devant les mines réjouies, Eric propose de bisser en mode dégustation avec une version risotto crémée et parmesan.

Faux filet et joue de boeuf © DC

Faux filet et joue de boeuf © DC

Tout aussi gourmand dans le registre suave. On surfe sur la vague avec le filet de rouget de Bretagne, framboise, yuzu et tomate passion, safran et fleur de fenouil. Si on aime le cru, chainchard avec sel fumé, jus de Yuzu, poivron et huile d’olive. Alliances originales autant que naturelles. Un bœuf en deux façons, faux filet poêlé remarquablement tendre et gouteux, joue de bœuf braisé à l’orientale. Des saveurs, rien que des saveurs.

Crème glacee à la vanille de Tahiti © DC

Crème glacee à la vanille de Tahiti © DC

On rendrait grâce aux desserts mais les fruits frais préparés et taillés devant vous les rendent indispensables. La crème glacée à la vanille Tahiti avec sa menthe Hollywood, forte en chlorophylle, assure la fraîcheur d’une fin de repas réussie. Un choix de vins à des prix plus que raisonnable, font alliance avec ses plats, qu’ils soient issus de Mâcon Chaintré, Entre Deux Mers, Bordeaux, Touraine ou Chinon, tous tarifés avec gentillesse. Bref, voilà un lieu confidentiel révélant un des talents les plus discrets et secrets de Paris. Eric Lévy a du caractère, mais il en faut pour assumer toute une soirée de A comme Accueil à Z comme Zénitude.

Fruits frais © DC

Fruits frais © DC

Il est déjà minuit, et les additions relèvent de la simplicité, avec ce prix fixe sans supplément en y ajoutant simplement le vin. S’il préfère l’anonymat à l’éclairage des spots, Eric nous susurre sur le pas de la porte : « Si c’est pour un blog ou un journal, ne dites rien de trop bien; je préfère rester peu connu« . Gastronomie rime avec philanthropie, mais aussi ici avec modestie…

Légumes anciens mandolines © DC

Légumes anciens mandolines © DC

Prosper et Fortunée

50, rue Broca
Paris 5e
Tél. 01 43 37 70 39
Menus : 23 (déj.), 45 (dîn.) €
Carte : 40-55 €
Fermeture hebdo. : Lundi, samedi midi, dimanche
Fermeture annuelle : Août
Métro(s) proche(s) : Censier - Daubenton, Les Gobelins

A propos de cet article

Publié le 13 octobre 2015 par

Prosper et Fortunée” : 1 avis

  • alexis

    Bravo pour l’article qui est tout à fait conforme au personnage et sa cuisine rare …. voici quelqu’un qui honore la cuisine, la France, une médaille s’impose !

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Prosper et Fortunée