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Houellebecq, la gourmandise et nous

Article du 15 février 2015

L’a-t-on noté? Le dernier Houllebecq, qui fait scandale avec son air de roman d’anticipation au futur inquiétant d’une France islamisée, prend aussi des allures de guide gourmand et gourmet dans un Paris solitaire, très marqué rive gauche, et singulièrement entre le 5e et le 13e. Le héros du livre, qui ressemble beaucoup à l’auteur, habite au coeur de Chinatown, mais non loin de là où résidait des Esseintes, le héros de Joris Karl Huysmans qui l’inspire et de son chef d’oeuvre « A rebours ». Si ce dernier, dandy fin XIXe, qui n’aimait la « nature que navrée« , dénigrait les nourritures fraîches et ne se délectait que de reliefs putrides, le personnage miroir de Houllebecq (son double?) multiplie les plaisirs gourmands et gourmets, qui peuvent être soit des mets surgelés « fiables dans leur insipidité mais à l’emballage coloré et joyeux » (blanquette de veau, colin au cerfeuil, moussaka berbère, cf p. 121), soit mezzés façon libanaise ou salades à la marocaine, au gré de ses rencontres, près de l’IMA, de la grande Mosquée (celle du 5e) et chez le nouveau recteur, converti à l’Islam, de la Sorbonne nouvelle, soit encore, en fréquentant les bonnes adresses de bouche conseillées par votre serviteur, des produits de qualité grande. Il vante ainsi le quartier des arènes de Lutèce, « un des coins les plus charmants de Paris. Il y avait là des boucheries et des fromageries recommandées par Petitrenaud et Pudlowski » (p.241). On ne lui reprochera pas d’avoir de bonnes lectures… Houllebecq que sa gourmandise de gourmet solitaire taraude avec ténacité vante là encore un meursault, là une boukha, qui accompagnera briouat ou pâté chauds. A Bruxelles, au Métropole ou dans une venelle gourmande voisine (rue de la Montagne-aux-Herbes-Potagères), il hésite entre un waterzoï de poulet et une anguille au vert. Ce dandy raffiné du XXIe siècle aux airs désoeuvrés, arrière petit cousin de des Esseintes, est un gourmand infini, que les plaisirs de la chair ne suffisent pas à rassasier.

Soumission, de Michel Houllebecq (Flammarion, 300 pages, 21 €)

A propos de cet article

Publié le 15 février 2015 par
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Houellebecq, la gourmandise et nous” : 1 avis

  • Alex

    C’est une très bonne idée de suivre le parcours gourmand des auteurs. Le livre de Fourest qui s’appelle Inna en es fourni aussi. Notamment elle rend hommage au pâtissier Praluce

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