Quand FOG cuisine le siècle

Article du 10 décembre 2014

D’Himmler, dans ce livre, il ne sera question qu’à partir de la page 198. Et ce dernier ne nous quittera à la page 312. Mais entre temps, la cuisinière du titre, prénommée Rose, née en 1907, aura traversé le génocide arménien, échappé à un trafiquant turc, payé de sa toute jeune personne pour se retrouver à Marseille, puis dans la Provence de Giono, enfin dans le Paris de l’Occupation. Elle aura croisé, au moins Sartre et Simone de Beauvoir, Adolf Hitler et Hermann Goering, puis, après son épisode berlinois et ses dernières années parisiennes, connu New-York et Chicago, rencontré Nelson Algren. On lui aura connu deux maris, mais il y en aura un autre en Chine, celle de Mao. On la reverra enfin sur le vieux Port, à l’enseigne de « la Petite Provence », livrant sa divine parmesane,  son moelleux flan au caramel et sa savoureuse tarte aux fraises – mets dont les recettes figurent avec une précision louable à l’issue de ce livre truculent et drôle qui évoque, bien sûr, « le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire », de Jonas Jonasson, dont la référence  se trouve également in fine, dans une précieuse petite bibliothèque du siècle.

Grand lecteur, conteur expert, polémiste intrépide, plagiaire modeste, faussaire de génie (il invente de fausses citations et de vrais aphorismes avec une imagination débordante, fait se croiser des destinées contraires et insolites avec une adresse rare), FOG est un homme généreux qui livre volontiers les clés de ce roman drôle, picaresque, gourmand, d’une cruauté sardonique, se moquant autant des dictateurs de droite et de gauche, et de leurs idéologues d’occasion (d’Edouard Drumont à Darquier de Pellepoix en passant par les thuriféraires du maoïsme). Ce roman qui court avec alacrité à travers son siècle livre une formidable leçon de liberté. Rose, sa cuisinière intrépide, qui nie les outrages du temps, se venge de ses ennemis avec son Glock 17 comme avec des champignons empoisonnés, poursuivie par son « Javert » à lui-même, le policier des Misérables, qui lui aussi, sous le nom de Mespolet, aura traversé son temps, constitue un joli pied de nez à l’humanité cruelle, engendrant massacres de masse, génocides, dictatures. A méditer utilement par les temps qui courent…

La Cuisinière d’Himmler, de Franz-Olivier Giesbert (Folio, 410 pages, 7,90 €).

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Publié le 10 décembre 2014 par

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